8 :: la douce respiration du poignard
2008.12.31
Un souffle bruyant m’arrache à la contemplation, l’orage tremble dans mes visions. Je défais les nœuds de mes pompes et pose ce qu’il faut dedans. Dehors, Zarathoustra se les gèle. Scotché sur les mots, je traîne comme un marbre sur les sachets, assis à moitié fou à moitié contracté par l’envie de chier.
Tirant la chasse, j’imagine le prophète transpirant sous la glace pilée. Deux minutes après je sortais, parapluie géant déployé contre méchant intempérie.
Zarathoustra tournait, tournait, tournait, et il ne pouvait que tourner et tourner et me retourner la tête, faisant des nœuds, des ronds, des cercles, d’infinis mouvements cycliques. Je me suis approché avec le toit d’officier à bout de bras, tenant de mon mieux la chaleur près de lui. Zarathoustra puait.
La grêle formait un tasseau dense de malheur autour de ses pieds, mais indolore, il marchait suffoquant sa prêche vers un Dieu mitoyen.
L’orage asséché, je ferme le gâteau noir pour m’asseoir sur le bord du quai, l’aruspice tournait encore dans la plus muette assomption.
Le froid engage mes yeux vers les bateaux qui ne devraient pas sombrer. Ils sont longs et dangereux, mais leur silence m’intéresse et je les regarde dériver sur l’eau imbuvable de la Seine.
Sandrine ne comprendrait pas. Mais Cha avait peut-être raison.
Je me suis levé, rassurant l’idée comme bonne, pour aller téléphoner à la fliquette. Trois teintes, elle décroche. Sa voix m’agace et m’encourage au suicide. Je la rejoins dans quatre heures. Il est 18h30 passé, et j’hésite déjà entre la Forge et l’inquiétude, seul.
Après les brutalités quotidiennes, elle se laisse enfin caresser. Je me confonds sur son ventre et bous une envie d’arracher un morceau de chair. Elle veut allumer une clope, je lance le paquet. Elle rit, se lève, prend la boite-à-merde et sort un étron. L’allumant, elle crève mon intimité, laissant à ma bouche l’envie de lui dire je-te-hais.
- Sandrine, je me casse.
- Ok.
Le gravier de la cours m’accuse et me torture par vague de cris larges et poignants. Mon humeur lâche ferme mes pas en coupures nettes. J’ai mal aux hanches.
Pourquoi les gens baisent.
Plusieurs de ses disciples, après l’avoir entendu, dirent: Cette parole est dure; qui peut l’écouter ?
Les arbres narguent mieux l’homme que l’homme ne les taille. Leur histoire est suçante, pourvue de branches et d’annexes qui servent obliquement le sacré. Et que de la nature nous ne trouvons d’ignorance ?
Les cailloux devenaient de plus en plus petits dans le monastère de mon crâne, il n’y avait plus assez de corde pour la frappe, ni même assez pour finir le nœud. Les dangers de la vie marine, Jean-Paul Ehrhadt.
Une relation s’empoussière et crève face-terre, une relation ne mène la marche nulle part, une relation, c’est nase.
Ainsi gamin, je parlais marmonnant que ci que ça, mais l’avantage de mes larmes en montre la possession, je voulais m’atténuer en poussin, finir chat sur le corps d’un autre, une chair qui n’avait connu que ma vengeance.
La Forge dormait, seulement quatre tox à l’entrée. Cha dessinait sur la table basse et deux types — de nouveaux clients — finissaient leur tripe sur l’aile gauche. Elle me fit signe d’aller au bar. Je te rejoins.
Ca3(PO4)2. Deux verres encore et mes narines dilatèrent le reste de mon visage bouffi par les larmes. Cha était agacée.
- T’es une vraie gamine, c’est pas possible !
Les yeux écarquillés, j’en voulais à Cha d’être tout ce qu’elle ne pouvait pas.
- Faut que t’arrêtes d’être aussi con microbe.
Pourquoi Cha souriait.
Ma vue flotta encore un peu, puis je disparus dans la comédie délirée de mon estomac interne. Les pas de Cha résonnaient en eau croupie, soufflant de basses vagues à mes oreilles.
- Et t’inquiète pas microbe, ça va passer.
Je sortais de l’océan.
- Hey microbe, j’ai un truc pour toi. Tu veux voir ?
Variablement lucide, j’hochais une tête toute aussi à-peu-près.
- Regarde derrière toi. Celle avec la petite poupée russe.
L’ordre et le miracle. Une signifiance chez les souffrants.